Le rapport de France Assureurs, publié en janvier 2026, donne le ton. Fin 2024, l’exposition directe au charbon, au pétrole et au gaz représente une part résiduelle des portefeuilles, et les encours liés au charbon thermique sont désormais quasi inexistants. La finance verte gagne du terrain, surtout en France. Qu’est-ce que la finance responsable ? Quels sont les actifs privilégiés par les investisseurs ? Tous les secteurs se désengagent-ils du fossile ?
Le verdissement de la finance va-t-il émaner des assureurs ? La question mérite de se poser à la lecture du dernier rapport de France Assureurs. 9,7% des actifs des assureurs (hors UC) correspondent à des placements verts en 2024, soit 200 milliards d’euros, en hausse de 17,3% par rapport à 2023. Ainsi pour 1 euro investi dans des énergies fossiles, 6 euros vont aux énergies vertes. Enfin, en 2024, les assureurs ayant fixé un objectif de zéro émission nette, en ligne avec l’Accord de Paris, représentent 86% des actifs gérés.
Cette tendance se mesure à l’échelle mondiale. Seul 1,5% des investissements directs des assureurs sont exposés aux secteurs du pétrole et du gaz selon la Global Oil and Gas Exit List (GOGEL) de fin 2024, soit une baisse de 0,8%, et une réduction de près de 2 milliards d’euros par rapport à 2023. Dans le même temps, selon l'Association Française de la Gestion financière (AFG), en 2024, les encours responsables ont atteint 1322 milliards d'euros, en progression de 9,2% sur un an. L’association constate également un développement de la finance à impact estimée à 85,5 milliards d’euros, soit une hausse de 5,8% sur un an. Enfin, 81% des sociétés de gestion renforcent leurs politiques climatiques en 2024 contre 62% en 2023.
Sur le terrain, les conséquences du changement climatique pèsent de plus en plus sur les assureurs. Le coût des événements naturels a atteint 5,2 milliards d'euros en France l'an passé, selon France Assureurs, faisant de 2025 la 9ème année la plus chère sur le plan assurantiel. Sécheresse, épisodes de grêle, inondations…. Autant de catastrophes impactant les logements des assurés, à travers l’exemple du phénomène de retrait-gonflement des argiles. En 20 ans, les phénomènes liés aux dégâts des eaux ont progressé de 88%. À l’échelle mondiale, selon le Network for Greening the Financial System, un réseau réunissant des banques centrales et des superviseurs pour verdir le système financier, entre 2015 et 2025, le coût des catastrophes climatiques analysé dans 28 pays dans le monde est passé de 0,03% du PIB annuel à 57% du PIB annuel. D’où l’urgence pour les acteurs économiques du monde entier de s’orienter vers la finance verte.
Ce terme regroupe l’ensemble des actions et opérations financières favorisant la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. L’objectif vise à orienter les financements vers des investissements responsables répondant aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Pour être sûrs de faire les bons placements, les investisseurs peuvent se fier aux différents labels français liés à la finance durable comme le label ISR (investissement socialement responsable), Greenfin, garantissant la qualité verte des fonds d’investissement ou encore le label Finansol, pour les projets à forte utilité sociale ou liés à l’économie sociale et solidaire. La finance solidaire représente ainsi 30 milliards d’euros en 2026 en France. Le nombre d’épargnants a doublé en dix ans, passant d’un million en 2014 à environ deux millions en 2025-2026.
Une belle progression, même si le secteur reste encore trop confidentiel. Dans sa 3ᵉ édition du baromètre OpinionWay pour l’Autorité des marchés financiers, l’institut de sondage constate que si 76% des sondés considèrent l’impact de ces placements sur l’environnement comme un sujet important, seules 12% des personnes interrogées connaissent bien ce secteur. Pire, 59% des sondés avouent avoir un doute sur l’aspect véritablement responsable de ces placements. Une défiance touchant jusqu’aux labels. Si 28% des Français ont entendu parler du label ISR et 18% de Greenfin, seuls 25% et 29% d’entre eux leur font pleinement confiance afin de garantir le caractère responsable d’un placement.
Le marché de la finance durable reste porteur. Dans une note publiée par Business Fortune Insight, la taille du marché mondial est évaluée à 6 330 milliards de dollars en 2025 et devrait passer de 7230 milliards de dollars en 2026, puis à 33 850 milliards de dollars d’ici 2034. Un marché dominé par l’Europe, représentant plus de 35% du secteur de la finance verte en 2025. Les incitations de grands organismes mondiaux comme le Fonds de croissance du Canada, l’IRA et le Green Deal européen, demeurent des soutiens importants en vue d’aider les entreprises dans la mise en place de plans climatiques ou de générer des obligations vertes durables. Même des géants de l’économie fossile comme BlackRock ou Goldman Sachs créent des fonds spécialisés dans le développement durable afin de répondre à la demande des investisseurs. Le secteur doit encore lutter contre les pratiques de greenwashing ou d’éco-blanchiment de certains acteurs venant mettre à bas la confiance en ces actifs. En effet, à côté de leurs actifs verts, certains organismes détiennent encore des parts importantes dans l’énergie fossile, faisant ainsi naître un doute légitime quant à la sincérité de leurs engagements pour la planète.