Un des projets majeurs de la Banque centrale européenne pour l’horizon 2029 : mettre en circulation un euro numérique pour tous les pays membres de l’UE. Un moyen pour l’Union européenne de sortir des marchés des paiements digitaux, largement dominé par des acteurs extra-européens comme Visa ou Mastercard. Toutefois, le scepticisme des citoyens européens reste prédominant sur ce sujet. Qu’est-ce que l’euro numérique ? Comment va-t-il se déployer ? Quels sont avantages pour les citoyens pour quels risques ?
C’est un grand pas en avant pour la France à l’échelle européenne. Le groupe BPCE et la Société Générale viennent d’annoncer le 20 mai dernier être candidates pour tester dès le second semestre 2027, l’euro numérique pour une durée de douze mois. Les deux établissements bancaires rejoignent ainsi la cinquantaine de banques candidates pour ce projet pilote. L’objectif vise à réaliser les premiers tests des principales fonctionnalités envisagées pour l'euro numérique afin d’en affiner la conception pour les futurs utilisateurs. À ce jour, le lancement officiel de l’euro numérique reste prévu en 2029. Or, ce projet suscite une grande méfiance chez la majorité des acteurs du secteur bancaire. Si l’objectif premier de l’euro numérique est d’asseoir la souveraineté bancaire européenne.
En effet, les autres établissements mettent en avant la solution privée existante, Wero. Ils dénoncent également des investissements colossaux afin de mettre en place cette monnaie virtuelle et le risque d’un impact négatif sur leurs liquidités. À ce jour, le projet n’emballe pas la population. Selon un sondage publié par la BCE, 58% des 19 000 sondés européens estiment « très improbable » le recours à ce type de dispositif. À la question de savoir comment ils répartiraient la somme de 10 000 euros entre différents actifs, seuls 5,1% d’entre eux se disent prêts à investir dans l’euro numérique. Un chiffre nettement inférieur aux prévisions de la BCE. Cette dernière tablait plutôt sur un ratio de 60% des ménages européens utilisant l’euro numérique à l’horizon 2030.
Cette monnaie numérique de banque centrale (MNBC) se veut accessible à tous, hormis les banques commerciales, : particuliers, entreprises, administrations…. L’euro numérique représentera l’équivalent numérique de nos pièces et billets, adossé sur la banque centrale. À travers ce projet, l’Union européenne souhaite s’affranchir des acteurs extra-européens du marché du paiement digital comme Visa et Mastercard, couvrant plus de 61% des paiements par carte en Europe. De plus, l’euro numérique doit pouvoir à terme concurrencer certaines cryptomonnaies ou encore d’autres projets de monnaies privées, en vue de renforcer la souveraineté de l’Europe. Il ne se substituera pas à la monnaie physique.
L’euro numérique sera une monnaie à la fois traçable, afin de réduire les risques de fraude ou de blanchiment, et confidentielle, capable de respecter la protection des données personnelles des usagées. Les entreprises pourraient y trouver un intérêt à travers une baisse des frais prélevés sur l’ensemble de leur opération bancaires. À l’année, près de 150 milliards d’euros, soit 1% du PIB européens, partent en frais pour les opérateurs étrangers. Les banques risquent, elles, une fuite des dépôts. En effet, la conversion massive de dépôts en euros numériques pourrait éroder leurs sources de financement, voire se répercuter sur le canal du crédit en diminuant la quantité de prêts accordés. La BCE réfléchit d’ailleurs à instaurer un plafond de détention d’euros numériques pour pallier les risques, fixé à 3000 euros.
Pourtant, certains experts du milieu bancaire voient dans l’euro numérique une manière déguisée pour la BCE d’obtenir un plus grand contrôle sur la monnaie, à la manière du yuan numérique en Chine. Des voix s’élèvent pour pointer le manque de garanties quant à la possibilité pour le BCE de décider de sanctions financières à l’encontre de tel ou tel État à travers le contrôle de cette monnaie, ou d’influer sur le mode de consommation des ménages en les empêchant de payer certains produits en euro numérique en temps de crise. D’autres redoutent de voir la monnaie physique disparaître au profit de la monnaie numérique. Des craintes partagées par les défenseurs des libertés individuelles et les militants de la décentralisation du pouvoir. La BCE juge infondées ces allégations.
L’arrivée de cette expérimentation s’inscrit dans un contexte plus large de décisions prises par l’Union européenne en lien avec le secteur bancaire. Dès novembre 2026, l’autorisation de découvert bancaire sera davantage encadrée afin de transposer en droit français une directive européenne. Actuellement, pour une demande de découvert réalisée d’un montant égal ou supérieur à 200 euros et/ou pour une durée de plus d’un mois, votre banque est dans l’obligation d’effectuer une analyse de votre solvabilité. Dès novembre, cette disposition concernera également les découverts de moins de 200 euros et/ou d’une durée de moins d’un mois. L’évaluation de la solvabilité sera proportionnée à la durée et au montant du découvert. À travers ce durcissement, l’Europe procède à un alignement des règles bancaires régissant le crédit à la consommation. Comment cette nouvelle règle sera-t-elle appréciée par les particuliers ? Selon un sondage réalisé CSA Research, pour le comparateur Les Furets, 24% des Français se déclarent à découvert tous les mois sur leur compte courant en 2025.