Elles s’appellent Y Reputation, Eliminalia ou Webcleaner et font toutes la même promesse : effacer définitivement l’ensemble de vos données passées sur Internet. Avec la place prépondérante du réseau mondial et des réseaux sociaux tout au long de notre vie, les entreprises chargées de faire disparaître des informations honteuses voire gênantes dans le cadre de votre future carrière professionnelle prolifèrent sur le web. Ces logiciels viennent s’ajouter à l’ensemble des services aujourd’hui disponibles pour surfer incognito sur le Net. Comment ce marché de l’anonymat, voire de l’oubli sur Internet est-il en train de se structurer ? Que pèse-t-il vraiment ?
Disparaître d’internet, faire table rase du passé, construire une nouvelle vie numérique... Une opération de plus en plus difficile tant nos existences se sont, au fil des années, digitalisées. Si les plus de 40 ans sont partiellement préservés, avec peu de contenus en ligne liés à leur adolescence voire leur enfance, la génération Z a pleinement grandi avec Internet et les réseaux sociaux. D’où la tentation, une fois arrivé à l’âge adulte, de vouloir faire disparaître nombre de textes, photos ou vidéos embarrassantes. Ce besoin a été identifié par des entreprises spécialisées dans le nettoyage du web.
Ainsi, la société française NetClearer promeut un « droit à l’oubli » total sur le net. La startup promet un déréférencement de votre identité sur tout le web français. Elle peut faire supprimer des articles de presse sur votre personne, des contenus sexuels générés par IA, des vidéos intimes ou encore les avis négatifs sur des sites. Les internautes peuvent même payer un supplément pour demander à la société d’identifier les auteurs des différents contenus postés pouvant attenter à leur réputation. Les tarifs varient en fonction des besoins. Pour la suppression d’un URL, d’une image ou d’une vidéo en 48h, comptez 29 euros. Toutefois, pour supprimer une centaine de contenus à l’échelle mondiale et procéder à une veille de réapparition par NetClearer, vous devrez débourser 1299 euros.
Le Français n’est pas seul sur ce marché. L’entreprise Eliminalia est très active sur le secteur malgré de multiples controverses. Selon le collectif de journalistes Forbidden Stories, l’entreprise aurait participé à la suppression d’informations sur internet d’un médecin accusé d’avoir dirigé un centre de torture durant la dictature chilienne, d’un homme d’affaires brésilien impliqué dans un réseau mondial de prostitution, de personnalités du crime organisé et autres politiciens corrompus, partout dans le monde, pour des tarifs pouvant aller jusqu’à 400 000 euros. Autant d’agences alimentant le marché de l’e-réputation. Net-Wash, e-reprutation.agency, Y Reputation ou encore Digitale Réputation… on ne compte plus le nombre de startups se spécialisant sur le social listening. Cette pratique consiste à surveiller et corriger la réputation d’une personne ou d’une entreprise sur Internet et les réseaux sociaux. Ce nouveau marché, estimé par Global Market Insights à 7,3 milliards de dollars en 2023, devrait atteindre les 20 milliards en 2032.
Outre les contenus postés sur Internet, les usagers sont de plus en plus attentifs au devenir de leurs données personnelles. Surtout celles captées par les courtiers en données. Ces entreprises n’entretiennent pas de relations directes avec les personnes dont elles collectent les données, mais se nourrissent des informations partagées collectivement en cliquant sur « j’accepte » au moment où nous sont exposées les CGU d’un service en ligne. Les données collectées proviennent à la fois de notre histoire de navigation, lors de l’utilisation d’un moteur de recherche ou d’un réseau social par exemple, ou en visitant un site web. Ces profils utilisent le Web scraping, un petit élément logiciel ou de script extrayant les données de tout site web pour collecter ces informations. Les courtiers se servent aussi des sources publiques comme les certificats de naissance, les contrats de mariage ou les déclarations de divorce, les historiques d’achat ou les données servant à souscrire à des cartes de fidélité.
La revente de données personnelles constitue un véritable marché sur Internet. Il rapporterait à des entreprises comme Experian, Equifax, Acxiom et Epsilon près de 200 milliards de dollars tous les ans. Les spécialistes du secteur estiment à 4000 le nombre d’entreprises dans le monde achetant et vendant des données personnelles. La plupart d’entre elles proposent aux usagers de révoquer leur consentement de partage de données et métadonnées, mais les démarches sont chronophages. Mails, relances, formulaires à remplir en fournissant encore plus de données pour vérifier son identité, ont raison des internautes.
Or, ces derniers ne sont pas sans solution. Le service open source YourDigitalRights génère des formulaires permettant de faciliter les réclamations. Autre option, opter pour un logiciel comme Incogni ou Deletme. Ces derniers automatisent les requêtes de suppression de données auprès des courtiers et assurent les relances régulières jusqu’au retrait définitif de vos informations personnelles. Par ailleurs, l’ensemble des citoyens européens sont protégés par le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Il est donc possible de demander à tout moment et à n’importe quelle entreprise de supprimer l’ensemble des données qu’elle possède sur vous, par un simple mail. La loi californienne protège ses habitants de la même manière à travers le California’s Consumer Privacy Act.