La France n’a pas à rougir en comparaison de ses rivaux américains ou chinois sur le secteur des prothèses bioniques. L’entreprise dijonnaise Proteor a ainsi mis au point en 2023 la première prothèse bionique au monde capable de restituer de manière exacte la sensation éprouvée lors de la marche. Les investissements vers ces nouveaux dispositifs sont colossaux. Comment se porte le marché de la prothèse bionique ? Pourquoi la France est-elle si innovante ? Quelles sont les dernières avancées ? Pour quel coût ? Que pèse ce marché ?
Déjà reconnue internationalement dans le monde de la science, Nantes s’est hissée en quelques années comme la capitale de la prothèse bionique. Plus particulièrement la clinique Jules Verne. Fin janvier 2026, elle a organisé la pose de son 4ème bras bionique à une patiente amputée d’une trentaine d’années par le chirurgien Edward de Keating Hart. Une opération chirurgicale développée par le médecin aux États-Unis et introduite en France dès 2018. Elle consiste à récupérer les nerfs faisant fonctionner la main et l'avant-bras pour les réactiver en allant les greffer à des muscles. Ces muscles se mettent alors en mouvement grâce à une commande du cerveau via une électrode.
Le centre névralgique de Loire-Atlantique s’avère le plus avancé de France en la matière et un des fers de lance pour ce type d’opération en Europe. Ce savoir-faire illustre la place de la France à l’échelle internationale en ce domaine. La société dijonnaise Proteor est ainsi la première au monde à mettre au point une prothèse bionique reconstituant la marche humaine. À Lille, deux startuppers lancent avec succès l’entreprise Revival Bionics afin de créer des prothèses de pied propulsives, constituées de simples ressorts en carbone. En intégrant un moteur et un tendon d’Achille artificiel à la prothèse pour une meilleure propulsion, le dispositif allège le pas du porteur, préserve la jambe opposée et limite les phénomènes d’arthrose.
Fabriquer une prothèse adaptée relève encore du défi en vue d’aider les personnes concernées. En 2024, le centre de réadaptation Le Normandy, à Granville, et la société Vytruve réalisent une prothèse bionique d’avant-bras, imprimée totalement en 3D. Plus de 3000 emboîtures sont déjà commercialisées dans une dizaine de pays. Loin d’être un gadget, l’impression 3D permet d’adapter et de personnaliser le modèle de prothèse, dans le but de limiter le phénomène de rejet par le patient. En France, les amputés du membre supérieur représentent environ 15% de l’ensemble des amputés et moins de 10% des amputés appareillés chaque année d’après l’Union Française des Orthoprothésistes. Les recherches sur ces questions demeurent majeures, car ces dernières années, un véritable marché de la prothèse bionique se structure à l’échelle mondiale.
Évalué par le cabinet Fortune Business Insights à 1,85 milliard de dollars en 2025, il devrait atteindre les 1,95 milliard de dollars en 2026 et 3,09 milliards de dollars en 2034. Partout dans le monde, des politiques publiques sont mises en place pour stimuler ce secteur. En France, la prise en charge par la sécurité sociale du remboursement intégral des prothèses bioniques à activer par la pensée reste un levier de soutien pour les entreprises du secteur. En effet, le coût de ce type d’équipement va de 150 000 à 200 000 euros pour les modèles les plus évolués. Les États-Unis restent le marché le plus porteur avec des startups massivement soutenues par le gouvernement, comme Atom Limbs en 2023. Cette dernière, désirant développer sa prothèse de bras contrôlable par la pensée, s’est vu bénéficier d’une subvention de 120 millions de dollars de la part du département américain de la Défense.
Il reste à savoir si le marché arrivera à maturité avant d’être devancé par un autre type d’implants, ceux développés par les entreprises comme Neuralink. La promesse de la société fondée par Elon Musk, vise à permettre à des personnes paralysées de pouvoir de nouveau faire usage de leur membre originel, uniquement par la pensée à l’aide d’un implant. Une solution moins invasive qu’un bras ou une jambe artificielle. Un nouvel essai clinique démarré en 2026 avec 21 patients promet au fondateur de Tesla un franc succès. Une fois l’implant Neuralink posé sur le cerveau, des tétraplégiques ont pu retrouver la capacité d’interagir de manière autonome avec leur tournage ou d’utiliser un ordinateur. Une personne atteinte de sclérose latérale amyotrophique (SLA) arrive désormais à communiquer et à produire du contenu. De quoi justifier les quelque 650 millions de dollars levés par Neuralink en 2025. L’entreprise travaille également sur un programme nommé Blindsight. Il doit permettre, toujours grâce aux implants, de redonner la vue à des aveugles. L’équipement va stimuler directement les zones du cortex impliquées dans le traitement de l'information visuelle pour progressivement restituer la perception visuelle des patients.
Là encore, le dispositif d’Elon Musk semble moins invasif que l’œil bionique, développé dans les laboratoires depuis 2014. Le premier implant en France a eu lieu à Strasbourg en 2016, toutefois des travaux de recherche sont encore en cours pour améliorer le dispositif. Dans une étude publiée en 2020 dans la revue Nature, des chercheurs de l’Université des sciences et technologies de Hong Kong, disent avoir réussi à développer un œil artificiel encore plus performant que l’œil humain. Grâce à des nanocapteurs très sensibles à la lumière, il pourrait permettre de voir… dans des zones très obscures.