C’est un fait démographique. Selon l’écrasante majorité des prévisions, d’ici 2050, la population française va considérablement vieillir. Un défi pour les institutions locales devant, dès à présent, se préparer en adaptant au mieux les services publics et infrastructures collectives aux 65 ans et plus. Mais ce phénomène démographique constitue également un vivier d’emplois à venir dans les métiers du « care », et des opportunités pour les startups œuvrant dans le bien vieillir. À la clé ? Un nouveau marché, la Silver Economy. Elle pourrait atteindre les 130 milliards d’euros d’ici 2030. Qui sont les principaux acteurs de ce marché en France ? Comment se positionne notre pays en Europe ? Quels sont les investissements réalisés pour adapter le pays au vieillissement de sa population ?
Une Europe vieillissante
Pour l’Europe, c’est l’un des défis majeurs auxquels il va falloir faire face au XXIe siècle. Transformer la société dans son ensemble et l’adapter au vieillissement de la population. En effet, comme le rappelle la Commission européenne dans un rapport sur la transformation démographique en cours en Europe, d'ici 2050, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus sera d'environ 30%, contre environ 20% aujourd'hui. En France, selon les données de l’Insee, les 65 ans et plus sont, depuis 2026, presque aussi nombreux (22,2%) que les moins de 20 ans (22,5%). Un mouvement amené à s’accélérer du fait du vieillissement des baby-boomers et d’une baisse globale de la fertilité. Sur le Vieux Continent, le nombre moyen de naissances par femme est de 1,34, bien inférieur à la valeur de 2,1 requise pour maintenir une population stable en l’absence de migration. Un chiffre à peine plus élevé en France (1,56 enfant par femme selon l’Insee). Mais ce basculement démographique pourrait être un levier de croissance en développant le secteur de la Silver Economy.
Adapter la société
La Silver Economy regroupe l’ensemble des services et secteurs destinés à améliorer la qualité de vie des personnes âgées, garantir leur autonomie le plus longtemps possible ou même allonger leur espérance de vie. Selon des données du gouvernement, l'économie à destination du « bien vieillir » pourrait générer un chiffre d'affaires de plus de 130 milliards d'euros à l’horizon 2030. Car les chantiers en matière d’adaptation sont immenses et vont du soin à domicile aux développements d’objets connectés de santé en passant par la téléassistance, la domotique, le tourisme ou encore l’aide à la mobilité. Selon la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), plus de 600 000 professionnels seront à recruter dans les métiers du domicile et du soin d'ici 2030. Autre chantier important, celui de l’adaptation des logements au vieillissement. Le dispositif MaPrimeAdapt’, visant à aider les personnes âgées à faire des travaux d’adaptation dans leur bien afin d’y rester le plus longtemps possible, participe à la structuration des filières d’entrepreneurs spécialisés dans ces questions. D’où la nécessité de créer 500 000 solutions « d'habitat intermédiaire » à l'horizon 2050, à croire la CNSA. Des logements répondant aux besoins des personnes en fonction de leur degré d’autonomie. Quant aux personnes âgées les plus dépendantes, selon l’Insee, pour les loger, la France doit construire au moins 365 000 places d’Ehpad en plus.
Les startups de la Silver Economy
Outre les besoins essentiels en matière de soins ou d’habitation, les séniors constituent un vivier de consommateurs en quête de services dédiés. De nombreuses startups se lancent chaque année pour proposer des innovations adaptées à cette population. Zenior veut simplifier les démarches pour obtenir un logement adapté pour un proche âgé en centralisant les offres et en accompagnant les familles à chaque étape. ForEstime est une marque de prêt-à-porter pensée pour répondre aux besoins des seniors. Lumeen propose des expériences immersives en réalité virtuelle sociales et thérapeutiques pour le 4ème âge. L’engouement est tel qu’en 2021 Eurasenior, un incubateur destiné à accueillir les jeunes pousses de la Silver Economy, est créé à Arras. Au fil des ans, le secteur se consolide. L’association Silver Valley, fondée en 2013, regroupe aujourd’hui près de 300 organisations de la Silver Economy. À ce jour, 4500 professionnels sont affiliés au cluster et une communauté de 9000 séniors de 60 à 90 ans participent au quotidien aux actions en faveur d’innovations adaptées à leurs besoins.
Les pays asiatiques : paradis des seniors
Cette transition vers la Silver Economy s’avère déjà très avancée en Asie. Le Japon, particulièrement concerné par le phénomène, s’appuie sur l’utilisation massive de robots pour aider les seniors dans les soins à domicile et multiplie les programmes de formation pour les personnes âgées qui cherchent à rester actives. La société Hitachi est par exemple à l’origine de Ropits, une voiture robot imaginée pour les seniors rencontrant des difficultés pour se déplacer. Le véhicule se conduit automatiquement et roule aussi bien sur la route que sur les trottoirs. Dans l’archipel, plus de 28% de la population a plus de 65 ans, soit le taux le plus élevé au monde. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la proportion de la population âgée de plus de 65 ans devrait atteindre près de 40% en 2050 au Japon. À Singapour, depuis 2015, les seniors bénéficient de cours de gym dispensés par Xuan, un robot-coach conçu dans le cadre du programme « Smart Nation » lancé par le gouvernement. Près de 2,5 milliards de dollars devront être investis dans la cité État à l’horizon 2030 afin de faciliter le bien vieillir. En Chine, les « Universités des anciens » se multiplient dans le pays. L’une d’entre elles, inaugurée en 2023 dans le comté de Rudong, à deux heures de Shanghai, accueille 30% des étudiants de 60 ans et plus. Sur les 230 millions de seniors vivant déjà dans le pays, plus de 7 millions étudient dans de telles universités, en vue de conserver une population âgée active et en bonne santé.