Avec le réchauffement climatique et la multiplication des épisodes caniculaires, le marché des climatiseurs partout dans le monde est en plein boom. Selon les projections de Fortune Business Insight, la taille du marché mondial des climatiseurs était évaluée à 137,37 milliards de dollars en 2025 et devrait passer à 245,61 milliards de dollars d'ici 2034. Or, la présence de ce type d’équipement pèse sur le réchauffement climatique. Comment se développe le marché des climatiseurs ? Où en est la France en matière d’équipement ? Existe-t-il des alternatives ?
Des bâtiments publics insuffisamment équipés
Clim’ ou pas clim’ ? Ce débat a animé la France cet été après de multiples épisodes caniculaires dans l’Hexagone. Le pays reste sous-équipé en la matière. Selon les données de l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), en 2025, 25% des ménages possède un système de climatisation dans leur logement et 40% des surfaces tertiaires. Dans les bâtiments publics, ces appareils sont encore plus rares. S’il n’existe pas de recensement officiel, on peut lire, dans une proposition de loi portant obligation de climatiser certains espaces publics prioritaires, déposée en juillet 2025 à l’Assemblée nationale, qu’entre 60 et 80% des EHPAD ne disposent d’aucune climatisation. La moitié des établissements de santé étant considérés comme vétustes, selon une autre étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (58,5%), ces derniers ne sont pas non plus équipés de climatiseurs. D’où l’intérêt pour le Premier ministre Sébastien Lecornu de lancer un plan de 100 millions d’euros pour accélérer la climatisation de certains bâtiments publics essentiels, avec notamment 30 000 climatiseurs à installer avant la fin de l’été.
Vers un équipement massif en Europe
L’installation de climatiseurs gagne l’Europe entière, depuis plusieurs années. L'énergie consommée par les ménages européens pour équiper leur logement est passée de 40 500 térajoules en 2018 à 80 400 térajoules en 2024. Un doublement en seulement six ans. Si la France a longtemps été réticente à la pose de ce type d’installation, elle tente aujourd’hui de rattraper son retard. Selon les dernières données d'Eurostat, elle est le quatrième consommateur d'énergie de climatisation de l'Union européenne, derrière l'Italie, l'Espagne et la Grèce. La Commission européenne anticipe jusqu'à 70 millions de climatiseurs supplémentaires sur le Vieux Continent d'ici 2030. De son côté, l’ADEME estime que 55% des Français seront équipés d’un système de climatisation à l’horizon 2050.
Entre 1200 et 11 000 euros pour une climatisation
En France, la filière « clim’ » est peu organisée. Le pays s’avère, par ailleurs, fortement dépendant des équipements chinois. L’Empire du milieu représente plus de 40% des exportations d’appareils dans le monde, selon les données du cabinet Businesscoot, loin devant le Mexique (13,1%) ou les États-Unis (5,8%). Le marché est très porteur. Selon le cabinet Fortune Business Insight, la taille du marché mondial des climatiseurs était évaluée à 137,37 milliards de dollars en 2025 et devrait passer à 245,61 milliards de dollars d'ici 2034. Cependant, les coûts d’installation demeurent élevés. Comptez entre 1200 euros et 2 000 euros pour l’installation d’une climatisation monosplit, c’est-à-dire dotée d’une unité intérieure et extérieure, capable de rafraîchir une pièce de 35 à 40 m². Pour les modèles les plus sophistiqués, comme les climatiseurs quadrisplit couvrant une superficie de plus de 100 m², il faut débourser entre 6 000 et 11 000 euros. De plus, il n’existe aucune aide pour financer une partie de l’installation d’un tel équipement.
Gare aux îlots de chaleur
Un refus d’accorder des subventions motivées en partie par les effets négatifs de la climatisation sur le climat. Cet équipement reste mal vu chez la majorité des Français comme le confirme un sondage Ipsos publié en juin 2026. Pour 79% des sondés ce système n’est pas respectueux de l’environnement. À ce jour, l'impact de la climatisation dans les émissions nationales de gaz à effet de serre est estimé à environ 1%. Or, ces derniers restent très énergivores et consomment beaucoup d’électricité. De plus, même si l’Union européenne a banni du territoire les climatiseurs les plus nocifs, ces appareils, en absorbant la chaleur d’une pièce pour la rejeter dehors, participent à la hausse des températures.
Ainsi, un équipement massif en climatiseur en France pourrait faire bondir les températures en ville de + 2 degrés à + 4 degrés, rappelle L’ADEME. Dans des ruelles étroites et peu ventilées, la hausse des températures pourrait même être de +10 degrés. Enfin, ces appareils et leurs fluides frigorigènes sont difficiles à recycler. Le climatiseur demeure donc l’équipement à utiliser, en dernier ressort, en se tournant vers des machines classées A+++. Une fois installée, mieux vaut régler la température à environ 26°C, et diviser par 2,5 à 4 la consommation énergétique selon la localisation.
Des solutions alternatives existent
D’autres solutions sont cependant plus efficaces et plus durables comme les brasseurs d’air en plafond s’il y encore du vent. Dans le cas contraire, mieux vaut se tourner vers les pompes à chaleur réversibles recourant au géocooling, une technologie exploitant la température du sol pour rafraîchir un bâtiment en été. Les refroidisseurs par évaporation fonctionnent très bien pour rafraîchir l’air ambiant, tout comme les puits climatisés. Là encore, on exploite la fraîcheur du sol pour refroidir l’air insufflé dans le bâtiment, en le faisant préalablement passer dans un conduit enterré à deux mètres de profondeur dans le sol.