Avec près de 115 fabricants hexagonaux, les minimaisons, ou tiny houses, ont le vent en poupe. Proposées à la vente pour 20 000 à 80 000 euros, ces habitations de 12 à 40 m² entend notamment offrir une réponse à la crise du logement. La minimaison répond aussi aux préoccupations environnementales des acquéreurs. Comment se porte le marché des tiny houses ? Où se situe la France par rapport à ses voisins européens ? Quelles sont les habitations les plus tendance ? Les freins réglementaires à l’installation de ce type de logement ?
Après le mobilier facile à monter, place à la minimaison made in Ikéa. Le leader du mobilier d’intérieur vient de dévoiler sa première tiny house, une habitation de 34 m² destinée à loger les seniors précaires. Vendue en priorité au public américain, où de nombreuses personnes âgées en situation de grande précarité n’ont plus les moyens de se loger dignement, la minimaison d’Ikea est à la fois compacte et accessible. Elle s’inscrit dans un projet plus large appelé Towne Twin Village, présenté comme le premier ensemble de logements sociaux permanents sur un même site à San Antonio (Texas). L’habitat est fabriqué à partir de matériaux durables. Les équipements fournis dans le bien sont ceux des magasins de l’enseigne suédoise.
Cette initiative sociale a le vent en poupe. En France, les pouvoirs publics se saisissent des minimaisons pour résoudre la crise du logement. La commune de Grand-Champ, à 15 km de Vannes, a réservé son ancien camping municipal de 8000 m2 à l’accueil de 21 tiny houses. Un projet mis en place par le bailleur social Morbihan Habitat. En septembre 2024, l’agence de développement économique, d’aménagement, de l’habitat et de la construction Oryon à La-Roche-sur-Yon inaugurait son premier parc de tiny house, composé de six unités.
Sont également commercialisées sur Amazon des maisons en kit, à monter soi-même pour moins de 9000 euros. Même Tesla, l’entreprise d’Elon Musk, se met à la mode des tiny house. Le constructeur de voitures propose son propre modèle de minimaison pour seulement 10 000 euros. La Tesla Tiny House, d’une superficie de 35 m², posée sur des roues, fonctionne hors réseau et est alimentée en énergie grâce à des panneaux solaires. Construite à partir de bois local, sans produit chimique au moment de sa réalisation, elle est garantie 100% durable. Le fondateur de SpaceX espère beaucoup du marché des minimaisons. En 2021, il confiait même avoir revendu la plupart de ses biens immobiliers pour vivre, à temps partiel, dans une tiny house de 35 m² dont la valeur est estimée à 40 000 dollars.
Anecdotique il y a encore une dizaine d’années, le marché des minimaisons se structure partout dans le monde. Ce type d’habitation, né en 2008 après la crise des subprimes, vient répondre à la crise du logement frappant de nombreux pays, et aux difficultés rencontrées par certains ménages en matière de pouvoir d’achat. On distingue deux types de minimaison : les transportables, utilisées dans un contexte nomade et souvent posées sur roues, et les fixes, destinées à l’habitation sédentaire.
La taille du marché des minimaisons est estimée en 2024 à 19,20 milliards de dollars (17,6 milliards d’euros), selon le cabinet d’études Mordor intelligence et devrait atteindre les 27,20 milliards en 2029 (25 milliards d’euros). Un marché tiré par l’Amérique du Nord, grand consommateur de ce type de bien (près d’un logement vendu sur deux dans le monde). En Europe, l’Allemagne et la France se voient friandes de minimaisons. L’Hexagone compte 115 fabricants, pour des propriétés vendues entre 20 000 et 80 000 euros, somme modique pour des logements dont la superficie va de 12 à plus de 40 m².
L’autre avantage de la minimaison tient dans la rapidité du mode de construction. Il suffit d’une autorisation de travaux pour fabriquer ce type d’habitation si la superficie ne dépasse pas les 20 m², accélérant les procédures administratives. En fonction de la taille, la construction d’une tiny house peut prendre entre 3 et 6 semaines. Reste à trouver le terrain pour faire construire le bien. En France, certaines régions s’avèrent davantage tiny house friendly. Des municipalités bretonnes, par exemple, mettent en place des plans d’aménagement visant à faciliter l’installation de ce type d’habitat. En Occitanie, des projets pilotes se développent en vue d’intégrer les minimaisons au paysage urbain. La Nouvelle-Aquitaine va encore plus loin avec des projets de villages autonomes. C’est le cas de Projet Terra dans le Lot-et-Garonne où les premières minimaisons sont en construction.
Assouplissement des règles d’urbanisme, procédures simplifiées, création de zones dédiées, les pouvoirs publics soutiennent à ces initiatives et espèrent voir les entreprises spécialisées sur ce marché se structurer. Ainsi, la société Idéal Tiny a déclaré être passée de 500 000 euros de chiffre d’affaires en 2020 à 3,5 millions d’euros en 2022, avant de stabiliser son activité à une production de 120 unités en 2024. À Castries, près de Montpellier, Greenkub réalisait en 2024 près de 24 millions de chiffre d’affaires avec quelque 145 salariés. Si les tiny house restent accessibles, elles subissent également la hausse du coût des matières premières. Cette inflation, difficile à chiffrer en raison d’un marché encore atomisé, pourrait se poursuivre dans les années à venir si la demande ne décroît pas.