La tendance n’est pas nouvelle, mais prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Les Dinks, ces couples sans enfants, mettent en scène leur mode de vie sur Internet. Si leur nombre est difficile à quantifier, on peut le mettre en parallèle avec l’explosion du nombre de célibataires en France. Comment expliquer cette augmentation ? En quoi les Dinks proposent-ils un mode de vie enviable ? Ces derniers sont-ils de nouvelles cibles pour les marques ?
Un acronyme angliciste de plus a fait son apparition sur les réseaux sociaux : Dink. 4 lettres pour désigner les double income no kids, des couples actifs sans enfants. Phénomène né aux États-Unis dans les années 80, les Dinks désignaient alors exclusivement les couples homosexuels. Aujourd’hui, le terme englobe désormais les couples hétérosexuels et revient au-devant de la scène.
L’hashtag #DINK a été consulté 340 millions de fois sur TikTok en 2024. Les réseaux sociaux s’avèrent en effet le terrain de jeu de ces couples, profitant à 100% de leurs revenus, où ils y exposent leur vie. Des photos et des vidéos les montrant voyager, profiter d’un restaurant chic ou tout simplement faire la grasse matinée. Cette attitude, par ailleurs, attire la foudre de certains internautes.
Les Dinks incarnent, malgré eux, la pointe émergée de la baisse de la démographie des pays occidentaux. Ainsi, en 2025, pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances (651 000 décès contre 645 000 naissances). Cette tendance, amorcée il y a une dizaine d’années, devrait perdurer selon les chercheurs de l’Ined. Si l’infertilité concerne près de 3,3 millions de personnes en âge de procréer, le désir d’enfant s’avère en net recul, notamment chez les 25-39 ans.
Dans un sondage publié en 2022 par l’Ifop, on apprenait que 30% des femmes sans enfant de 18 à 49 ans, en âge et en capacité de procréer, déclaraient ne pas souhaiter en avoir, maintenant ou plus tard. Un chiffre nettement plus élevé en comparaison avec la même question posée en 2010 où, dans l’enquête Fecond de l’Ined, 4,6% partageaient cette position. Charges mentales, partage des tâches ménagères inégal, poids de l’éducation, crainte autour du devenir politique du monde, coût environnemental ou économique propre au fait d’avoir un enfant… les raisons invoquées sont multiples.
Le phénomène est loin de concerner la seule France. À l’exception de l’Afrique et de quelques régions d’Asie, la fécondité mondiale recule sous le seuil de renouvellement des générations. En 2021, aux États-Unis, 44% des personnes âgées de 18 à 49 ans sans enfants affirmaient qu’elles n’en auraient probablement jamais. Un chiffre 7% plus élevé qu’en 2018 selon le centre de recherche Pew.
Cette transition démographique peut devenir durable. Les Dinks représentent aussi l’incarnation glamour d’une société où l’on vit de plus en plus sans enfants et de plus en plus seul. Selon une récente étude de l’Insee, les ménages comptant une personne dans le foyer progressent fortement : de 20,5% en 2008, tous âges confondus, on passe à 23,3% en 2018. Ce chiffre pourrait atteindre les 29,7% en 2050.
Cette situation attire les marques. Les Dinks possèdent un profil alléchant pour les entreprises, notamment celles du luxe, du tourisme et du voyage en général. Sans enfant, ces couples d’actifs disposent d’un meilleur pouvoir d’achat. D’où la multiplication, ces dernières années, d’établissements (restaurants, hôtels, transports…) où règne le no kids. Souvent proposés à des tarifs plus élevés, ils s’adressent en priorité à cette clientèle, prête à payer pour leur tranquillité.
Selon les données du syndicat des entreprises du voyage, près de 3% de l’offre de vacances visent aujourd’hui les no kids en France. Ils sont également surreprésentés parmi les jeunes vacanciers partant hors saison. Ce faisant, ils soutiennent l’industrie touristique. Selon le site Hotels.com, les recherches de voyage pour ces couples sans enfant bondissent de 1170% à l’automne ! Plus de la moitié (56%) des personnes interrogées confirme préférer séjourner dans des hôtels sans enfants en vue de profiter d'un environnement plus paisible.
Géoptis, filiale de La Poste spécialisée dans le géomarketing, a réussi à cartographier la présence des Dinks en France. Le Lot (63,4%), la Dordogne (62,2%), la Nièvre (62,1%), la Creuse, et la Charente-Maritime tirent leur épingle du jeu auprès de ces célibataires sans enfant. En se concentrant sur les villes, Toulouse arrive en tête (55,2% de la population), suivie de Bordeaux (54,2%), Paris (53,7%), Lyon (53,5%), et Nantes (53,4%). En moyenne, les Dinks représentent entre 46% et 55% des couples actifs dans les grandes villes.