Et si la vie à deux n’était plus un but en soi ? Longtemps considéré comme une situation transitoire, voire subie, le fait d’être seul est désormais revendiqué par une partie des jeunes générations. Sur TikTok, une nouvelle tendance, baptisée solo-maxxing, émerge. Elle consiste à choisir délibérément le célibat et à investir son temps et son argent pour soi : voyages en solo, sorties seul, sport, loisirs, développement personnel… ou comment faire du célibat un véritable mode de vie.
Partout dans le monde, le célibat gagne du terrain. Au sein de 30 pays de l’OCDE, 19% de la population vivait seule en 2022, contre 15% dix ans auparavant. Autre chiffre : en France, 39,1% des ménages sont désormais composés d’une personne seule. C’était seulement le cas de 27% des foyers en 1990, selon l’Insee. Ce phénomène, dit de « récession relationnelle », participe pleinement à la baisse de la natalité, indique un article du Financial Times. Son auteur s’appuie sur l’exemple de la Finlande où un couple emménageant ensemble a désormais plus de risques de se séparer que d’avoir un enfant. Faut-il s’en émouvoir ? Les jeunes semblent avoir tranché et déclarent au contraire très bien s’en accommoder. Ils revendiquent même leur vie de célibataire sous le terme de solo-maxxing, comprendre le fait de maximiser son célibat.
Voyager seul, pratiquer du sport seul, aller au resto seul, prendre soin de soi seul... Pour les adeptes du solo-maxxing, nul besoin d’être en couple pour profiter de la vie. Bien au contraire. Être seul représenterait l'une des clés pour être davantage autonome, indépendant et débrouillard. On peut aussi voir cela comme un symbole de l’ultra-individualisme poussé à son paroxysme. Inspiré du self-improvement (développement personnel), dont Internet est si friand, le solo-maxxing pousse à optimiser sa vie de manière 100% solitaire, en minimisant les relations sociales perçues comme non rentables ou distrayantes. Un tiktokeur résume le climat ambiant : « En se consacrant à des activités comme la lecture et l’écriture personnelle, chacun peut approfondir sa compréhension de lui-même et du monde qui l’entoure ». D'ailleurs, une autre raison mise en avant pour profiter à fond de son célibat reprend le vieil adage : « mieux vaut vivre seul que mal accompagné ».
Outre le fait d’occulter les avantages de la vie à deux, le solo-maxxing soulève aussi des critiques de la part des jeunes eux-mêmes. Nombre d’influenceurs prônant la vie en solo vivent dans un bel appartement, ont les moyens et du temps libre pour s’offrir des voyages au bout du monde et se mettre en scène lors de leurs séances de sport.
Autre piste pour expliquer la tendance du solo-maxxing : la difficulté de rencontrer l’âme sœur. Les applications de rencontres fonctionnant comme des « supermarchés amoureux », leurs utilisateurs ont le sentiment de pouvoir toujours trouver mieux. Paradoxalement, cette abondance de choix peut encourager à rester célibataire : on essaie, on évalue, puis on passe au suivant au moindre doute. Pour d’autres, le solo-maxxing permet aussi d’éviter les déconvenues amoureuses et la fatigue liée aux applications de rencontres. Certains mettent aussi en avant la tranquillité d’esprit lié au célibat.
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Solo-maxxing : hommes ou femmes, qui sont les plus concernés ? Difficile de répondre à cette question : la tendance est trop récente pour disposer de statistiques fiables. Le diplôme offre toutefois un élément de réponse. Selon l’Insee, chez les 30-39 ans, environ 70% des titulaires d’un bac+5 sont en couple contre 60% des personnes sans diplôme. Le phénomène est particulièrement marqué chez les femmes : en 2019, 62% des femmes de 30 à 39 ans sans diplôme vivaient en couple, contre 71% des bachelières et 75% des diplômées du supérieur. Chez les hommes, le niveau de diplôme joue beaucoup moins, seuls ceux sans diplôme se distinguant par une vie en couple moins fréquente.
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Pour la génération Z, le solo-maxxing éviterait aussi les dépenses liées au début d’une rencontre : aller dans les bars, au restaurant ou au cinéma en amoureux. Le journal anglais The Guardian cite les chiffres de la Banque de Montréal sur le coût moyen des rendez-vous galant pour les jeunes aux États-Unis : 182 euros. « Supposons qu’il vous faille vingt rendez-vous pour trouver l’amour de votre vie : cela représente 3640 euros, sans compter les rendez-vous nécessaires pour entretenir la relation une fois que vous serez en couple. »
L’argument est amusant, très certainement réel pour les jeunes sans revenus - sauf à réduire leur nombre de rendez-vous. D’ailleurs, selon l’application de rencontres happn, 32% des célibataires ont déjà dû annuler un date faute de moyens suffisants. Mais sur le long terme, vivre à deux sous le même toit réduit considérablement les frais. Selon l’Insee, un couple sans enfant a un niveau de vie 1,4 fois supérieur à celui de deux célibataires. Il existe toutefois une solution pour partager les dépenses du quotidien sans quitter sa vie solo : la colocation.
Le solo-maxxing traduit moins un rejet du couple qu’un changement de regard sur le célibat. Être seul peut désormais être revendiqué comme un choix de vie, synonyme de liberté, d’autonomie et de temps pour soi. Reste à savoir si cette tendance correspond à une véritable aspiration des jeunes générations ou si elle constitue une manière de composer avec les difficultés à rencontrer un partenaire et à construire une relation durable. Car entre solitude choisie et solitude subie, la frontière reste parfois mince.