Nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connue ? En tout cas, après les vêtements et accessoires des années 1990 et 2000, les jeunes s’emparent de nos vieux iPods, lecteurs MP3 et CD. Effet de mode, nostalgie d’une époque pré-smartphone, recherche de déconnexion ou envie de retrouver des usages plus simples : un retour du rétro pour lutter contre notre addiction au tout numérique ?
Les jeunes seraient-ils frappés par le syndrome du « C’était mieux avant ?». Nés entre 1997 et 2012, ils semblent avoir une fascination pour les années 1980 et 1990. Cette « pseudo-nostalgie », comme l’appelle le magazine américain Fast Company - après tout ils n’ont pas grandi dans ces époques - est visible un peu partout. À l’image de la série Stranger Things, de nombreux scénarios font évoluer leurs héros à ces époques. Dans la rue, c’est surtout le grand retour des années 1990. Jeans baggy, chemise à carreaux, crop tops, motifs animaliers et, pièces maîtresses du vestiaire, la polaire a, elle-aussi, fait son grand retour.
Ce n’est pas tout. Les objets du passé ont également droit à une seconde vie. Et on ne parle pas uniquement des vinyles. Sur Leboncoin, les recherches d’iPod ont ainsi bondi de 183% entre mars 2024 et mars 2026. Aux États-Unis, la Recording Industry Association of America, l’organisation professionnelle de l’industrie musicale américaine constate une progression des ventes de CD de près de 60% au premier semestre 2026. Plus c’est vieux et plus ça plaît !
Plusieurs pistes peuvent expliquer ce retour en arrière technologique. La première tient à la saturation numérique. Si le smartphone cumule toutes les fonctions, il focalise aussi de nombreuses critiques, notamment celle de notre hyperconnexion. Un baladeur à cassettes ou un MP3 n’envoie pas de notifications. Dans le métro new-yorkais, une campagne de pub de l’entreprise de reconditionnement BackMarket faisait d’ailleurs l’apologie de l’iPod Shuffle, avec comme promesse : « Zero screentime ».
Avec de vieilles caméras ou des appareils photo jetables, il n’y a pas non plus de tentation de publier ses photos ou ses vidéos sur les réseaux sociaux. Leur rendu reste aussi moins lisse que celui des téléphones portables. Leur grain et leur imperfection se perçoivent comme plus authentiques et plus esthétiques.
Autre raison du succès des appareils pré-numériques, concomitante de la première, représente une envie de reprendre la main sur ses loisirs. Il y a un désir de contrecarrer l’algorithme des plateformes de streaming, lançant des titres censés nous plaire mais écoutés d’une oreille distraite. Au contraire, un vinyle donne l’occasion de prendre le temps d’écouter les quelques titres de l’album, tranquillement installé dans son canapé. On redécouvre aussi la beauté de l’objet, venant habiller nos intérieurs.
De plus en plus de jeunes, mais pas uniquement, s’amusent également à trier et classer leurs morceaux dans leur MP3, indique un article du Monde. Une façon de se réapproprier la musique, explique l’une des personnes interviewées. Et aussi, pour certains, un acte militant opposé à la faible rémunération des artistes par les plateformes.
Le succès de ces objets tient également à leur design. Leurs gros boutons, leurs couleurs flashy et leur design participent à leur attrait. Comme les vêtements vintages, ils permettent aussi d’afficher un style et de se distinguer. De nombreux jeunes les ont d’ailleurs découverts en suivant des influenceurs ou des personnalités sur TikTok ou Instagram.
Paradoxal ? Au-delà de l’effet de mode, la tendance retrotech correspond peut-être aussi à de nouvelles attentes des jeunes face à notre manière de consommer. Entre pouvoir d’achat en berne et craintes pour l’environnement, recycler de vieux objets permet de faire des économies sans acheter de produits neufs.
S'inspirant des campagnes de communication des grandes surfaces, BackMarket propose désormais des « ordis moches ». La marque française prétend ainsi renforcer « sa place de pionnier dans la lutte contre la fast tech et l’obsolescence programmée, en encourageant la vente d’appareils présentant des « traces de vie laissées par leurs anciens propriétaires ».
Ce phénomène dépasse les outils numériques. Faire de la couture, rénover sa maison soi-même, acheter des vêtements de seconde main : il y a un intérêt croissant pour le réemploi et le do it yourself.
Ce retour au passé n’est pas sans contradiction. De plus en plus recherchés, les objets rétro peuvent voir leur cote grimper à mesure de la hausse de la demande. Sur Leboncoin, des iPods d’occasion, dont personne n’aurait encore voulu hier, sont parfois revendus près de 100 euros.
Avec 29.000 iPods d’occasion vendus sur Leboncoin cela reste un marché de niche. Surtout si on le compare aux 58 millions d’annonces que compte la plateforme. Porté par la stagnation du pouvoir d'achat mais également par des attentes environnementales, le succès de la seconde n’est pas près de se démentir. Son chiffre d'affaires a ainsi doublé entre 2019 et 2024 pour atteindre 14 milliards d'euros, précise un rapport du Sénat.