Des plantes grimpantes le long des façades d’immeubles. Une construction bioclimatique des bâtiments. Un schéma urbain réaménagé. Face aux risques de multiplication d’épisodes caniculaires, il apparaît urgent de repenser notre façon de construire les bâtiments afin de se protéger de la chaleur. Bouygues, Icade ou encore Vinci réfléchissent déjà à des solutions pour des constructions mieux aérées. Dans le même temps, les villes repensent totalement leur organisation afin de multiplier les îlots de fraîcheur. Comment l’immobilier accélère sa révolution verte ? À quel prix ? Comment les villes se préparent au réchauffement climatique ? Quels sont les investissements les plus importants en la matière ? Pour quel résultat ?
9 logements sur 10 inadaptés aux fortes chaleurs
Bouilloire thermique. Ce nouveau terme s’installe chaque jour un peu plus dans le vocabulaire des Français. Deux mots venant désigner ces logements mal isolés dans lesquels les habitants suffoquent. Selon une étude Pouget Consultants pour Ignes, un logement sur deux en France est une bouilloire thermique. Quasiment 9 logements sur 10 ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs au sens de l'indicateur « confort d'été » du diagnostic de performance énergétique. Ils obtiennent une note « moyenne » ou « médiocre ». Plus inquiétant, dans les logements neufs, pourtant réalisés en respectant des normes de construction exigeantes, seuls 19% d'entre eux obtiennent un indicateur « bon ». Or, comme le souligne l’étude, l'indicateur de confort d'été n'est pas complété dans le diagnostic de performance énergétique pour 33% des logements existants et 81% des logements récents.
Ces chiffres expliquent les ressentis d’inconforts exposés par les Français. Dans un sondage Ipsos BVA pour Bouygues Immobilier, 80% des Français disent souffrir au moins une fois par an de la chaleur dans leur logement. Les personnes interrogées évoquent des troubles du sommeil (58%), une fatigue inhabituelle (48%), une transpiration excessive (44%), une sensation de chaleur permanente (42%), une baisse de productivité ou de vigilance (26%), ou encore des maux de tête (21%). Des phénomènes amenés à s’accentuer avec le réchauffement climatique. La vague de chaleur de juin 2026 a été la plus chaude jamais enregistrée en France, elle risque de se renouveler dans les années à venir. En France, le nombre de jours de chaleur devrait se multiplier par 5 d’ici 2050. Les vagues pourraient être bien plus fréquentes qu’aujourd’hui, plus sévères et plus longues, voire se produire de mai à octobre.
Des logements neufs de plus en plus adaptés
Face à cette situation, les promoteurs immobiliers commencent à aborder le problème. Cogedim intègre la notion de confort d’été dans la conception de toutes ses nouvelles opérations. L’objectif vise à anticiper la surchauffe estivale dès l’origine du projet, en privilégiant une architecture protectrice et bioclimatique, et en prévoyant, le cas échéant, une solution complémentaire de rafraîchissement, proportionnée et adaptée. Pour ce faire, le constructeur a recours à des protections solaires pensées selon l’orientation du logement. Il construit aussi des logements traversants ou bi-orientés pour favoriser une ventilation naturelle et créer sur ses opérations des îlots de fraîcheur par le paysage, la pleine terre, les toitures végétalisées et les espaces ombragés. Des techniques de construction employées aujourd’hui par l’ensemble des promoteurs, de Icade à Vinci, en passant par Eiffage. À Montpellier, les logements neufs du quartier de Port Marianne disposent de cloisons ajourées rappelant les moucharabiehs de l’architecture orientale ou des façades venturi en forme de vague pour rafraîchir naturellement les intérieurs et faire face à la chaleur.
Repenser la ville de demain
Au-delà du secteur de la construction, tout le schéma urbain des villes doit être repensé afin de créer davantage d’îlots de fraîcheur. En effet, dans les grandes agglomérations, la présence de bâtiments en brique, pierre ou béton, de chaussées bitumées, conjuguée à la forte densité des constructions et l’absence de végétation concourent à conserver la chaleur emmagasinée le jour et à maintenir les températures à un niveau élevé la nuit. C’est pourquoi, un acteur comme Vinci Construction vient de mettre en place le dispositif Revilo, en vue de repenser les constructions citadines en tenant compte du végétal, de la gestion des eaux pluviales, des sols, afin de créer davantage d’îlots de fraîcheur en zone urbaine. À Barjols, dans le Var, un parking, construit au-dessus d'une rivière sujette à des inondations fréquentes, a bénéficié du dispositif. Les sols ont été désimperméabilisés et des bassins enterrés ont été construits pour permettre de gérer jusqu'à des pluies centennales. Les revêtements de sol du géant de la construction s'appuient désormais davantage sur l’effet d’albédo, consistant à réfléchir l’énergie solaire grâce à des revêtements de sols clairs. Les acteurs privés ne sont pas les seuls à travailler sur ce sujet.
Partout en Europe, les villes rivalisent d’idées pour tenter de réduire la concentration de la chaleur. Ainsi, depuis 2022, dans le cadre de son plan d’action climatique, Milan en Italie a décidé du dépavage de ses rues pour corriger les effets de l'asphalte, du béton ou du goudron. Elle veut ainsi diminuer la température superficielle et retenir l'eau. 27 chantiers de végétalisation sont également en cours dans la ville afin de faire de Milan une ville éponge, plus résiliente à la chaleur. Medellin en Colombie a investi près de 16,4 millions de dollars pour planter des arbres dont les essences agissent comme des climatiseurs naturels. La ville a, de cette manière, réussi à faire chuter la température de 2 degrés dans les rues. De son côté, Singapour travaille à la création de voies vertes de 300 km pour agrandir son réseau de fraîcheur existant.
Source :
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/impacts/canicule